EWB in 2016

« L’échec est un événement, pas une personne »

« L’échec est un événement, pas une personne »

C’est lors de mon récent voyage en Israël, où j’ai rendu visite à une entreprise de haute technologie pour discuter des remarquables succès du pays en matière d’innovation, que j’ai entendu la magnifique expression :  « l’échec est un événement, pas une personne ». Depuis, cette parole est restée ancrée en moi, parce qu’elle souligne une importante leçon de vie. Mon interlocuteur a poursuivi en disant qu’il trouvait plus intéressant d’embaucher des personnes qui avaient essayé et échoué que des personnes qui avaient de parfaits résultats. « Toute innovation est née d’un échec, pas d’un succès — je veux des personnes qui n’ont pas peur d’essayer et qui savent que beaucoup de leurs essais essuieront un échec, et non un succès immédiat. La réussite vient généralement après beaucoup d’essais. »

Les psychologues disent aussi que le point de départ de la plupart des névroses est la fausse croyance que la vie doit être parfaite. La peur de l’échec est le cousin du perfectionnisme. Les deux mènent à ne pas prendre de risques, à ne rien tenter de nouveau et à refuser d’embrasser le vrai monde humanisé et imparfait dans lequel on vit tous.

Thomas Edison, l’un des plus grands inventeurs de l’histoire, a dit un jour n’avoir jamais connu d’échecs, seulement des expériences qui n’ont pas été concluantes du premier coup. Le premier manuscrit d’Harry Potter, écrit par JK Rowling a été rejeté par 12 maisons d’édition avant d’être accepté par la 13e. Ces histoires sont légion pour les personnes dont on connaît la grande “réussite”. De Lincoln a Einstein, tous ont échoué de nombreuses fois avant de trouver la voie vers l’accomplissement d’un succès durable.

Dans ma propre vie politique, j’ai eu mon lot d’échecs et de réussites et j’ai toujours essayé, dans les deux cas, d’en tirer une expérience appréciable et constructive. Ce n’est pas simple, mais il est important de développer cette habitude tôt. Cela m’a pris du temps, mais je me suis ouvert à l’idée d’affronter mes propres challenges avec la maladie mentale et ce faisant, comprendre qu’il n’y a aucune honte à avoir traversé les difficultés de la dépression et de l’anxiété.

J’ai aussi appris que la qualité que recherchent les gens chez les leaders est la capacité d’accepter la critique et d’accepter les conseils des personnes qui ne sont pas d’accord avec vous. Ce qui est difficile à faire – personne n’aime qu’on lui dise « Tu as tord » ou « tu n’as pas bien fait », mais le refus d’écouter mène à l’isolement, à la distance et inévitablement à plus d’échecs. Accepter l’opinion des autres — même celles exprimées durement — n’est pas facile, mais cela est essentiel pour faire de sa vie une véritable chance d’apprendre, de s’améliorer et de bien faire les choses. Apprendre à ne pas prendre la critique pour soi est difficile, mais est indispensable. Le narcissisme n’est pas vraiment une qualité de leader (même si, malheureusement pour nous, beaucoup de leaders en souffrent), parce qu’il repose beaucoup sur le perfectionnisme, l’égocentrisme et le syndrome du « moi, moi, moi », qui sont à l’opposé d’un bon leadership.

Le problème avec tous ces conseils, bien sûr, c’est qu’ils vous parviennent de l’extérieur, et pas de vous-mêmes. L’expérience est un autre nom pour les erreurs d’autrui, et un des défis de la vie est de prendre en considération les conseils, sages ou pas, des autres. Quelque chose en nous rend ça difficile à accepter, et nous finissons par commettre nos propres erreurs pour ensuite trouver notre chemin et nos vérités.

Mais il est important d’éviter, ou du moins de surmonter le découragement face à l’adversité, puisqu’en se rabattant sur nous-mêmes, il devient encore plus difficile de trouver une solution à nos problèmes. « Donne-toi une chance » semble être un curieux conseil à donner à des ingénieurs, des pilotes, ou des chirurgiens, à cause de la gravité des conséquences de leurs erreurs. Mais même dans ces domaines, il est essentiel de construire un système qui laisse place à l’erreur humaine sans conséquences désastreuses, et bien entendu, qui permet aux personnes œuvrant dans les professions les plus exigeantes d’apprendre de leurs erreurs et de celles des autres.

J’écris tout cela parce que j’ai dû l’apprendre. En tant que leader politique, j’ai eu du mal à accepter la critique, et j’avais tendance à m’isoler, ce qui n’était pas la meilleure voie à emprunter. Quand je suis devenu chef du Parti libéral par intérim, j’ai fait de mon mieux pour apprendre des erreurs de mon passé en politique. Plus je gagnais de l’expérience et je me sentais à l’aise avec ma personne, plus j’étais ouvert à accepter une performance moins que parfaite, sans toutefois sombrer dans la complaisance et l’autosatisfaction.

Rien de tout cela n’est une excuse pour être apathique ou trop lâche pour faire de son mieux. Il faut s’efforcer tout en gardant en tête que l’espoir et les souhaits ne remplacent pas les vrais efforts. Le courage est la vertu la plus importante, parce qu’à elle seule, elle a le pouvoir de faire en sorte que toutes les autres se réalisent. Bon, tout cela commence à ressembler à un sermon. Qu’il en soit ainsi. Il vaut mieux avoir essayé et échoué que de n’avoir jamais tenté sa chance.

C’est l’objectif de ce fameux commentaire de Theodore Roosevelt –

Ce n’est pas la critique qui importe, pas l’homme qui signale comment le fort trébuche, ou comment la personne d’actions aurait pu mieux les faire. La gloire revient à l’homme qui se trouve réellement dans l’arène, l’homme au visage boursouflé par la poussière, la sueur et le sang, l’homme qui quête vaillamment, qui se trompe, qui échoue de peu, encore et encore – car il n’y a pas d’effort sans erreur ni échec – mais qui cherche vraiment à accomplir ses actions. L’homme qui connaît de grandes joies, de grandes dévotions, qui se dépense dans une cause noble. Lui, qui, au mieux, s’il échoue, échoue au moins en ayant grandement osé, si bien que sa place ne se trouve jamais parmi ces froides et timides âmes qui ne connaissent ni la victoire, ni la défaite.

Seulement ceux ayant goûté à la défaite peuvent savourer la victoire, et savoir que toutes deux sont fugaces.

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Bob Rae, PC CC O.Ont QC a été élu à la Chambre des communes et à l’Assemblée législative de l’Ontario onze fois, entre 1978 et 2013. Il était le 21eme Premier ministre de l’Ontario entre 1990 et 1995 et était le chef intérimaire du Parti libéral du Canada entre 2011 et 2013. Il est maintenant avocat, négociateur et arbitre, et se concentre sur les questions de gouvernance et sur les questions autochtones. Il enseigne également à la School of Governance and Public Policy de l’Université de Toronto. Il est également un auteur et un commentateur hautement respecté.

Bob est l’auteur de quatre livres; le plus récent, What’s Happened to Politics, est une étude de l’état de la politique canadienne et des mesures à prendre pour régler ses problèmes.

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